Le phylloxéra, la grande dévastation : perte, résistance et renaissance
La bête tapie sous terre. Fin XIXe, le Mâconnais, comme toute la Bourgogne, vit de la vigne. C’est un paysage dense, morcelé, une mosaïque de climats et de pratiques ancestrales. En 1863, on repère dans le Gard un minuscule puceron jaune, le phylloxéra vastatrix, arrivé par les racines de plants américains. Très vite, il remonte la vallée du Rhône, gagne Chalon, atteint Mâcon en 1879 (source : Mémoires de la Société d’Histoire Naturelle de Saône-et-Loire).
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Entre 1879 et 1894, l’infestation progresse dans tous les villages du Mâconnais : le vignoble s’effondre. Jusqu’à 90% des vignes sont détruites à Lugny, Solutré, Fuissé.
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Les rendements s’effondrent : de 754 000 hectolitres produits en Saône-et-Loire en 1875, le département tombe à 381 000 hl en 1892 (Source : Philippe Meyzie, spécialiste d’histoire rurale).
Julien : Le phylloxéra attaque la racine. Les pieds meurent, le sol autrefois vigoureux se couvre de souches mortes, de friches. La solution s’impose peu à peu : greffer le vitis vinifera sur des porte-greffes américains, résistants à l’insecte, mais adaptés aux sols locaux. Une révolution technique, mais aussi culturelle.
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La greffe nécessite un apprentissage, bouleverse les pratiques. Les cépages moins adaptés au greffage (gamay, pinot noir) laissent place au chardonnay, plus facile à acclimater : le Mâconnais bascule alors vers une spécialisation progressive des grands blancs.
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Sélection parcellaire : certains sols sont mieux adaptés aux porte-greffes, d’autres restent longtemps abandonnés. C’est la naissance d’une cartographie plus fine des terroirs.
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Nettoyage des pratiques : la disparition subite de certains massifs menace la biodiversité, mais favorise aussi une régénération du sol par jachère temporaire, qui donne lieu à une reprise parfois plus qualitative des plantations.
Élise : Une onde de choc dont on mesure encore les traces… Certains anciens murs en pierres sèches, laissés à l’abandon, témoignent de cette décennie de désarroi. Mais la solidarité se tisse : on partage savoirs et greffons — bien avant l’ère des coopératives. Le visage du vignoble change : moins de petits propriétaires, des surfaces agrandies, la naissance discrète d’une nouvelle élite paysanne.