Voyage dans le temps : l’histoire géologique de la Roche de Solutré
L’ère du Jurassique : aux origines d’un socle calcaire unique
Julien : La Roche de Solutré est une véritable capsule du temps. Pour comprendre ses origines, il faut retourner environ 165 millions d’années en arrière, à l’époque du Jurassique supérieur (Oxfordien – Kimméridgien), bien avant la naissance des premières vignes. À l’époque, la région est recouverte par une mer chaude et peu profonde. Lentement, des sédiments calcaires riches en débris de coquillages et d’organismes marins se déposent au fond de l’eau.
Au fil des millions d’années, ces dépôts deviennent une dalle massive : le calcaire à gryphées—un calcaire dur, compact, constellé de fossiles d’huîtres (“Gryphaea”). De part et d’autre de Solutré, ces couches se retrouvent aussi dans la roche voisine, la Roche de Vergisson.
Les mouvements tectoniques et la formation de l’éperon rocheux
Élise : Il faut imaginer la suite comme un roman mouvementé, avec son lot de bouleversements et de ruptures.
Julien : Il y a environ 30 à 20 millions d’années (Tertiaire), alors que l’Afrique pousse vers l’Europe, la naissance des Alpes provoque la surrection du Massif central et bouleverse les plateaux bourguignons. Une grosse faille s’ouvre, découpant brutalement le paysage. Les couches sédimentaires se fissurent, et la Roche de Solutré (ainsi que toutes les “roches” du Mâconnais) surgit alors, dressée sur la plaine.
La “roche” elle-même est le sommet indestructible d’un immense “mont escarpé” calcaire détaché de la masse environnante par l’érosion. Tout autour, les sols plus tendres disparaissent, laissant en relief ce promontoire blanc cassé.
Élise : Ce qui reste aujourd’hui, c’est une falaise abrupte, sculptée par la pluie et le vent, et offrant une lecture “en coupe” de près de 100 millions d’années d’histoire géologique.
Un site paléolithique majeur
Élise : On ne peut pas parler de Solutré sans évoquer son incroyable fréquentation humaine : de nombreux vestiges témoignent d’un site de chasse préhistorique majeur (Magdalénien), il y a plus de 30 000 ans. Les premiers habitants ont eux aussi ressenti la puissance de cette Roche.
Sources : Parcours “La Route des Vins Mâconnais-Beaujolais”, Muséum National d’Histoire Naturelle, INPN, BIVB.