Ce que la roche raconte aux vignes : chroniques d’un paysage vivant
Dès qu’on gravite sur les versants méridionaux de Pouilly, un détail saute aux yeux – ou plutôt sous les pas : ce sol friable, clair, crissant, hérissé de fragments de calcaire coquillé, tantôt acérés, jamais dociles. Ce sont les fameux éboulis calcaires, si caractéristiques des pentes sud du cru. D’en bas, la lumière accroche les blocs, marquant des lignes blanches, telle une cicatrice vive sur la montagne.
“Ici, c’est la roche qui commande”, nous glissait récemment Jean-Claude Thévenet, vigneron à Solutré. Et de fait, tout commence par ce substrat. Les éboulis, amoncellements de pierres issues du délitement de la roche mère (Bathonien supérieur et Oxfordien, pour les géologues), apportent aux vignes un support unique – parfois inhospitalier, souvent acquis de longue lutte entre la plante et la pierre.
- Origine : Ces éboulis proviennent essentiellement de l’érosion de la corniche calcaire qui ceinture les Roches de Solutré et Vergisson. Parfois, des blocs atteignent plusieurs dizaines de kilogrammes, mêlés à une poussière blanche fine et froide.
- Répartition : Les plus beaux terroirs à éboulis calcaires s’étendent sur les pentes sud de Pouilly, à mi-coteau (élévation entre 320 et 400 mètres), là où l’ensoleillement épouse la pente.
Et c’est bien là que, chaque année, les vieilles vignes de chardonnay plongent leurs racines dans ce chaos minéral, pour en tirer un langage d’une pureté rare.